La retraite : c’est dur ! (surtout avec des skis de rando aux pieds)

, par  Alain Fulchiron

La retraite : c’est dur ! (surtout avec des skis de rando aux pieds)

Narration de quatre journées ordinaires (21 au 24 mars 2011) de deux retraités bien à plaindre (Bernard Beaulaigue et Alain Fulchiron)

21 mars - D’abord il faut se lever tôt pour avoir une chance d’échapper aux bouchons de la traversée de Grenoble. Passé cet obstacle majeur sur la route des Grandes Alpes, pourquoi pas une petite ballade au passage de La Grave, pour agrémenter la journée d’approche. Direction donc Le Chazelet. La recherche d’un versant suffisamment enneigé nous conduit sur les pentes du Gros Têt ou Cime du Rachas (2613 m). Face à La Meije et au Râteau nous pensons bien fort à tous les infortunés cafistes qui s’ennuient au boulot (on se demande pourquoi) alors qu’il est si facile d’oublier tout ça en écoutant le bruissement apaisant des peaux de phoque sur la neige, en se taillant une petite tranche de saucisson au sommet et en enchaînant quelques virages paisibles à la descente. Ensuite direction Saint-Véran dans le massif du Queyras pour gagner notre camp de base au gîte « Des Gabelous ».

22 mars - La neige tombée en grande quantité la semaine dernière et le vent qui a décorné quelques bœufs queyrassiens ont garni les pentes de multiples plaques à vent qui ne demandent qu’à couler au passage des spatules. Aussi choisissons-nous prudemment des pentes débonnaires pour exercer nos talents de randonneurs. Départ de Saint-Véran skis aux pieds : passage à la Chapelle de Clausis et au refuge de La Blanche. Nous envisageons ensuite de monter gaillardement au Col de Saint-Véran. Nous traçons artistiquement dans la neige poudreuse de belles arabesques comme dans les livres sur papier glacé. A mi-pente un petit passage dans le brouillard ne décourage pas deux montagnards experts en orientation. Nous retrouvons le soleil sous le col. Une dernière grimpette nous amène en douceur jusqu’à la pancarte sur laquelle devrait être écrit « Col de Saint Véran ». Et là surprise ! C’est écrit « Col de Chamoussière (2884 m) ». Merd… alors on s’est trompé de col ! Qu’à cela ne tienne on dira que les conditions nous ont contraints à ce changement d’objectif (même si ce n’est pas vrai). Toute honte bue nous attaquons derechef la descente dans une poudre de rêve (les admirables virages enchaînés avec maîtrise que vous voyez sur les photos sont bien nos traces ! Au cas où certains en douteraient c’est bien nous qui les avons faites.

23 mars - Nous quittons notre petit nid douillet des Gabelous en direction du refuge Agnel près de la frontière italienne (2580 m). Habituellement un petit coup de voiture vous amène au départ d’une piste bien damée qui vous conduit en 5 modestes kilomètres jusqu’au refuge. Mais foin de cette solution de facilité ! Nos retraités tendance écolo, soucieux de laisser la voiture et sa pollution au garage, décident de gagner le refuge en passant par le chemin des écoliers à savoir 650 m de dénivelé jusqu’au col de Longet puis rebelote avec 600 m supplémentaires pour s’acheminer jusqu’au refuge tout suant, soufflant et transpirant. Heureusement le paysage « MAGNIFICO !!! » (on n’est pas loin de l’Italie) agit comme un puissant dopant et c’est même pas fatigués (bon un petit peu quand même) que nous arrivons vaille que vaille au refuge Agnel qui dérive dans des dunes de poudreuse.

24 mars - Petite escapade matinale jusqu’au Col Agnel (2744 m) histoire d’apercevoir Le Mont Viso (3841 m) sur lequel il y a quelques années j’avais hissé ma déjà pas toute jeune carcasse ; souvenir d’une belle mais interminable partie de caillasses dont je suis sorti dans un semi coma bien entamé. Mais vu de loin et copieusement enneigé ça redevient un bon souvenir. Faute de passeport les douaniers italiens ne nous ont pas laissé entrer sur leur territoire. Alors en désespoir de cause nous nous sommes laissés glisser benoîtement au gré des combes jusqu’au vallon de l’Aigue Agnelle. Retour à la case départ par le col de Longet à l’envers pour Bernard toujours en quête de quelques milliers de mètres supplémentaires à se mettre sous les spatules, par les pentes modérées et accueillantes menant à Molines En Queyras pour moi, pauvre sexagénaire au bord de l’extinction. Et puis, le pif tout cramé par quatre jours de tempête solaire, nous avons replongé dans les bouchons de Grenoble avant de nous rapatrier dans notre cher Forez dépourvu de neige et de sommités propres à assouvir nos appétits de conquêtes alpines.

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