L’appel du Rateau.

, par  Pascal Masset

3 cordées à l’attaque, 3 cordées au retour, le compte est bon !

L’appel du Rateau.
Les 7 et 8 Juillet 2012, trois cordées du CAF sont appelées par le Sommet Est du Rateau (3809 m) via le Refuge de la Selle à 2700 m.
La marche d’approche se déroule lentement sous une belle journée.
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Une parfaite mise en jambes pour apprécier le panorama offert par le refuge et étudier le parcours de l’ascension à venir.
Après une bonne mais courte nuit comme on les aime c’est le départ. 3h15 le halo des frontales révèle la météo capricieuse. Juste le temps de lever la tête pour constater les premières gouttes. On fonce. Michel prend la tête des 3 cordées du CAF en direction de la brèche du Rateau. On avance sur un sentier improbable que les pas du précédent nous révèlent au fur et à mesure. Après quelques escarpées dans les rochers, on pose les pieds sur le glacier et le moment de cramponner arrive. Philippe détecte quelques éboulis venant du replat de la Selle et nous fait dévier sur la gauche du glacier. Il neige et nous arrivons au pied de la brèche, ce "V" énorme qui s’impose maintenant à nous après s’être longuement caché dans les brumes austères de cette nuit d’été. Les 3 cordées s’engagent dans les 2 ou 3 longueurs d’escalades qui nous promettent déjà de beaux rappels à la descente. Viennent alors des arrêtes rocheuses parfois très pentues, de longues dalles, parfois de fines aiguilles que l’on traverse sans voir que qu’il y a au dessous ... du brouillard. Les gants sont trempés et nous nous arrêtons au pied d’un dôme de neige. Philippe règle un compte personnel. Nous attendons la 3ème cordée du CAF qui ne viendra pas. Ils ont du faire demi-tour. Il ne faut pas trainer. Nous repartons et attaquons ce dôme de glace d’un genre à faire chauffer les cuisses.
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Enfin nous entamons une arête rocheuse assez aérienne et qui conduit au sommet qui nous attend dans une ambiance lunaire. Vent, neige, visibilité 0, ..., nous comprenons qu’il faut redescendre sans tarder. Les deux cordées retrouvent leur traces, parfois difficilement.
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Étrangement nous ne croisons personne. La météo qui se fait plus clémente nous permet de contempler quelques vues improbables et de constater les à-pics restés emmitouflés dans le brouillard à la montée. Quelques enfoncées magistrales dans la neige nous ralentissent, nous reprenons le fil d’une arrête de glace en surplomb, redescendons le dôme de neige, les dalles pentues et trempées et le sommet de la brèche se fait sentir au rythme du crissement des crampons sur le granit. Les deux cordées s’organisent pour entamer deux longueurs de rappel dans le bruit fracassant de quelques éboulis dévalant une face du replat de la Selle. Une première pour Ludovic qui trouve le support technique de Jean et de Rémy pour s’engager prudemment sur la corde. Pascal a ouvert la marche, Fabien et Philippe attendent leur tour pour fermer la voie. La corde est tout juste assez longue pour nous amener à poser le pied sur le glacier.
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C’est fait ! Quelques viriles accolades marquent la fin des difficultés. Une photo immortalise l’instant. Maintenant c’est du velours, il nous reste à traverser le glacier, récupérer nos affaires au refuge puis a dévaler les caillasses jusqu’en bas.
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Nous retrouvons les autres alpinistes qui ont pour la plus part changés de course pour monter au replat de la Selle. La cordée de Michel qui a malheureusement du redescendre nous attendait. Ludovic a un truc à fêter : 41 ans. Coca, bière, tout venant, mais surtout un beau cadeau que cette ascension.
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Toute l’équipe rejoint les voitures d’un bon pas, la tête bien remplie par ces deux belles journées mais déjà les regards vers les cimes aux alentours nous font rêver aux prochaines courses. A l’année prochaine !

Ludovic