La Tête du Replat 24 et 25 juin 2006

, par  Alain Fulchiron

Chaque année, conscient de sa vocation sociale, désireux de rapprocher les générations ( de 7 à 77 ans, pouquoi pas 97 d’ailleurs), souhaitant faire cohabiter les besogneux de la course de neige complètement à vaches avec les pratiquants désinvoltes du 7c+, les adeptes de la monstre bavante avec les TGV du mono doigt et de la réglette microscopique, les contemplatifs de l’Alpe bucolique avec les hyper actifs de la cascade surplombante, le CAF de Montbrison organise une sortie collective. Celà permet aussi de répondre à des questions existentielles que se posent certains de ses membres.

La sortie collective est aussi l’occasion d’exausser des voeux exprimés dans les périodes de profonde déprime.

A cette poignante détresse, le CAF avait donc décidé de répondre en organisant une sortie collective au cours de laquelle chacun pourrait exprimer, sans fausse pudeur, ses angoisses et ses interrogations métaphysiques relatives à la pratique alpiniste (que m’a toujours déconseillée ma maman). "Qu’est ce qu’on va manger au refuge ?" "Est-ce que l’hélicoptère aura livré assez de bières ?" "Est-ce que j’ai pensé à mon tournevis pour régler mes crampons ?" "Est-ce que j’ai bien posté le règlement de ma facture d’électricité ?" "Est-ce que j’ai pensé à l’anniversaire de ma belle mère ?" ...

Le refuge du Châtelleret, au dessus de la Bérarde, à quelques encablures de la Meije, allait se révéler le lieu propice pour combattre la solitude exprimée par le pitoyable Solo Filaplon.

J’aurais bien voulu vous narrer les péripéties de cette course regénératrice, vous décrire comment nous surmontâmes allègrement tous les pièges sournois que la difficultueuse Tête du Replat nous opposât, comment le trafic intense des cordées montant et descendant la cheminée abrupte du Col du Replat nous fit prendre conscience des bienfaits des feux rouges et de la circulation alternée, mais curieusement, après avoir questionné les participants émérites, je ne suis pas arrivé à élaborer une version unique et définitive de la course.

Pour terminer, je me dois de mettre en garde contre les agissements répréhensibles de trois individus qui proposent aux jeunes filles nouvellement adhérentes au club une place dans leur véhicule pour le trajet jusqu’à la Bérarde. Sans soupçonner la noirceur de la manoeuvre Hélène B. avait donc pris place dans le carosse de Benoît T. accompagné de deux complices, Jean P. et Alain F. (devant la gravité des faits ces noms sont bien entendu fictifs). Lors de l’arrêt traditionnel de Bourg d’Oisans, destiné à soutenir le développement des bistrots locaux, par un subterfuge inexpliqué, les trois compères arrivent à dérober la carte bancaire de Hélène B. qui se préparait innocemment à rincer la dalle de ces odieux personnages. Lequel parvint à cacher une carte sous un siège du véhicule délictueux ? L’enquête le dira. Après avoir mendié quelques euros auprès d’alpinistes compatissants et honnêtes pour payer son séjour au refuge, Hélène B. toujours chaperonnée par les trois sinistres individus reprit place dans la luxueuse limousine pour le voyage retour. Alors qu’au terme du trajet ils préparaient à fêter la réussite de leur plan machiavélique, un coup de frein intempestif de Benoît T. provoqua, par un phénomène gravitationnel inattendu, la réapparition de la carte sous le siège du passager avant en l’occurence Alain F. Ce dernier, dans une ultime tentative essaya de mettre le pied sur la carte baladeuse mais Hélène B. qui avait tout vu le somma de renoncer à se damner pour l’éternité. Prise de remords tardifs, la bande décida alors de se montrer magnanime et Hélène B. récupéra son bien sans les remercier. La morale était sauve et la collective 2006 du CAF de Montbrison pouvait s’achever dans la dignité et l’allégresse.

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